vendredi 11 mars 2022

Idiophiles versus le reste du monde

 


Il y a 3 catégories d'amateurs de Hifi :
 
1) les plus nombreux : les "mélomanes" : juste des amateurs de musique qui ne prétendent pas disposer de capacités d'audition particulières, et ont le plus souvent peu de connaissances (électroniques ou electro-acoustiques) en audio, ce qui n'est absolument pas honteux : ils souhaitent juste apprécier la restitution selon le plaisir qu'elle leur procure, bidouiller la technique n'étant pas l'objectif principal de la Hifi. 
Malheureusement : c'est aussi eux les nouveaux acheteurs "victimes" de ces fameux disques 33 tours dont on espérait bien être définitivement débarrassé : ils trouvent ça cool, ça leur rappelle leur enfance (ou celle de leur père), et en plus les experts du marketing disent que : plus de 10% de distorsion et : à peine 30dB de plage dynamique : c'est ce qu'il y a de mieux ... alors !! 

2) Les "audiophiles", les geeks de l'audio, le plus petit nombre parmi les amateurs de Hifi . Les audiophiles ont en général de bonnes notions des principes électroniques et acoustiques qui sous-tendent la technologie Hifi : ils savent que l'acoustique de la pièce d'écoute est primordiale, qu'en ce qui concerne le système lui-même les enceintes conditionnent ~60% du résultat, l'ampli ~30%, le DAC ~10%. Il savent aussi que selon le principe de Nyquist : le format CD (ou FLAC 16 bits) permet de restituer parfaitement 100% du signal audio analogique avec toutes ses fréquences et harmoniques, avec absolument aucune déformation même la plus infime, jusqu’à environ 2x la limite de capacité d'audition humaine, et avec un niveau de bruit inférieur à -100dB (ce qui procure au 16 bits une dynamique déjà presque 2x trop grande pour être entendue par n'importe quelle oreille existante ...).

3) les idiophiles : ils sont légion, pour une bonne partie d'entre eux ils ont toujours plus ou moins été "idio-XXXX" dans différents domaines comme les voitures "de sport", les montres suisses, etc..., ils mettraient volontiers un boomer de 38cm dans le coffre de leur BMW d'occasion (ou des colonnes dans leur salon de 20m2). Leur point commun : il n'ont pas la moindre idée de ce qu'ils fabriquent mais sont malgré tout convaincus d'être des "audiophiles" et ils l'affirment bien haut ! Courbe de Harman, rapport signal/bruit, compression dynamique versus compression de données numériques, principes de psycho-acoustique... : ils n'ont pas le premier début d'une idée de ce que ces termes signifient. Ceux là pensent que la qualité de restitution dépend linéairement du prix d'achat du matériel. Ils pensent aussi que le diamètre du câble d'alim de leur tourne-disque élargi la scène sonore, que les câbles HP ont un impact énorme sur la restitution... etc : ils vivent dans un monde bien à eux, peuplé d'amplis en marbre, de bibelots absorbeurs d'électricité statique ... Leur parquet est plein de petits trous laissés par des pointes de couplage (dont ils n'ont jamais vraiment compris qu'elles ne "découplent" pas mais font exactement l'inverse : transformant leur parquet en gigantesque caisse de résonance !!) De fait : ils ne participent jamais aux tests ABX car ça ne sert à rien, c'est bien connu : ce qui compte c'est qu'on puisse admirer ces énormes câbles électriques d'alimentation disposés sur de petits supports en acajou...
 

 

dimanche 26 décembre 2021

De la distorsion harmonique

 Comprendre la notion de distorsion harmonique.

La distorsion harmonique est une déformation "non linéaire" du signal sonore. Cette déformation modifie le "son" : modification du spectre / ajout de fréquences parasites aigues, modification du timbre.

Pour bien comprendre la notion de "non linéaire" un contre-exemple est utile : quand on change le volume d'un signal il s'agit également d'une déformation du signal : on modifie son amplitude. Mais le changement de volume est une déformation "linéaire" : on ne change pas la forme du signal car on ne modifie le signal que selon un seul axe, et on modifie linéairement l'intégralité de l'onde sonore.

On calcule la déformation des signaux en utilisant une méthode mathématique appelée Transformée de Fourier. Pour faire simple : on calcule quelles sont les fréquences et les amplitudes d'une série infinie de signaux sinusoïdaux, qui additionnés : reproduisent exactement la forme complexe du signal qu'on veut analyser.

En résumé : à la place d'un signal musical dont la forme est infiniment complexe, on substitue une infinité de signaux dont la forme est la plus simple qui soit : des sinusoïdes de fréquences différentes. Chacune de ces sinusoides (sauf la première) : sont appelées "harmoniques".


Notons au passage le fait que les harmoniques n'existent pas réellement dans le monde réel (ça choc souvent les ingénieurs du son qui travaillent toute l'année en utilisant les harmoniques mais qui n'ont pas de formation scientifique, hehe :p ...) : les harmoniques sont uniquement des équations qui permettent l'analyse de la forme et la compréhension des modifications d'un signal infiniment complexe. Bien entendu ces équations reflètent le signal réel, donc d'une certaine manière : on peut "entendre" les harmoniques : du moins on entend la caractéristique sonore du signal complexe qui correspond à l'harmonique.

Revenons maintenant à la distorsion : la distorsion modifie la forme du signal. Par exemple, un transistor qui "sature" va décapiter l'onde : tronçonner toutes les pointes d'amplitude : le signal est modifié. Si on calcule les harmoniques du signal d'origine "non abimé" et qu'on réalise le même calcul sur le signal distordu : on constate que la distorsion a modifié le nombre et/ou l'amplitude de certaines harmoniques, et qu'elle a ajouté une grande quantité d'harmonique de fréquences élevées.

Calculer le THD / Taux de Distorsion Harmonique : c'est calculer la quantité d'harmoniques qui ont été ajoutées par la déformation du signal d'origine. Le taux de distorsion harmonique se mesure normalement harmonique par harmonique en comparant le signal en sortie d'un ampli au signal d'entrée parfaitement sinusoïdal. En effet ce signal d'entrée sinusoidal est un cas particulier de signal comportant une seule harmonique : lui même (l'harmonique fondamentale). Il est donc très simple de comparer l'entrée et la sortie afin de mesurer en quelque sorte : combien d'harmoniques ont été ajoutées par l'ampli.

Le THD influence la qualité de restitution d'un signal : écoute fatigante, mal de tête à la fin de l'écoute, son dénaturé et désagréable.

Dans le grave, on peut admettre 1% THD, ce n'est pas perceptible. Dans la zone de prédilection de la voix, à environ 1khz : 1% THD est perceptible.

En dessous de 1% THD la distorsion sera perçue comme de la fatigue auditive. On considère généralement que 0.1% THD est la limite en dessous de laquelle la distorsion n'est pas perceptible : c'est le standard Hifi.

La perception de la distorsion dépend aussi d'un autre facteur : la parité. Pour simplifier Les harmoniques dites "paires" sont en quelque sorte "synchronisées" avec le signal principal (leur fréquence est un multiple pair de la fréquence d'entrée fondamentale : 2, 4, 6 ...). Les harmoniques impaires ont des fréquences multiples de 3, 5, 7, ... Et il se trouve que notre oreille déteste les harmoniques impaires (du moins : notre oreille déteste les "déformations de signal correspondant à des harmoniques impaires", car rappelons le : les harmoniques n'existent pas, ce sont des équations). Pour illustrer ça, par exemple : les amplificateurs à tubes génèrent beaucoup de distorsion, mais comportant plus d'harmoniques paires que d'harmoniques impaires : c'est la raison pour laquelle on ne perçoit pas la distorsion des tubes comme désagréable (on appelle ça un son "chaud")...


Pourtant de la distorsion : il y en a en sortie de tube ! Les amplis à tube ne peuvent plus à proprement parler être considérés comme "Hifi" car ils produisent trop de distorsion, même si on ne l'entend pas forcément. Un ampli à transistor est toujours utilisé dans sa zone linéaire, qui est plus étendue, et ou il ne produit "aucune" distorsion (du moins tellement peu que c'est négligeable).

D'une façon générale, un fabricant doit donner la valeur de la distorsion harmonique THD dans le pire des cas : à la puissance MAX de l'ampli, et à la fréquence ou la distorsion est la plus perceptible.

Un ampli se disant Hifi doit donc annoncer sa puissance max à moins de 0.1% THD et à 1000Hz.

Si ces valeurs e sont pas fournies : alors il convient de se procurer la courbe THD versus Puissance : et on peut ainsi déterminer soit même la puissance max réelle selon le standard Hifi : ce sera la puissance obtenue sans dépasser 0.1% THD.



Certains constructeurs annoncent leur puissance max sans préciser que c'est à 10% THD, d'autres annoncent le THD à 1 Watt RMS... soyons vigilants !

Exemples : Denon PMA1055R annonce les deux paramètres: 0.07% THD à 2x120W RMS, et 0.01% THD à 1W RMS : c'est bien un ampli pouvant fonctionner à fond sans produire la moindre distorsion perceptible. SMSL AD18 n'annonce qu'une seule valeur de 0.04% à 1W RMS, et annonce par ailleurs 2x80W RMS sans préciser le THD. Hors le circuit utilisé est à 10% THD à 80W : de facto selon le standard Hifi cet ampli fait environ 2x10W RMS à 0.1% THD.


mercredi 3 novembre 2021

Chauffe Marcel !

Sur certains forums on peut lire :

"Quand j'ai acheté mon matos le gars de chez hifi35 à Rennes m'a dit qu'il fallait environ 45minutes-1 heure pour faire chauffer la carte du lecteur CD et que c'était le plus important."

ou encore :

"laissez votre convertisseur, votre drive ou votre préamplificateur phono en permanence sous tension, car même une fois rodé il lui faudra au moins 48 heures de remise en chauffe (après un arrêt de plus d'une heure) pour se stabiliser à nouveau et fonctionner au mieux."

Hilarant ces forums de Hifi :D ... les forums sur la Hifi sont des mines inépuisables d'absurdités... 

Incroyable ce qu'on arrive à faire gober aux audiophiles, certains laissent leur matériel allumé en permanence pendant des dizaines d'années car ils croient qu'il faut un temps de chauffe, et que si on éteint on "perd le rodage" (j'ai lu ça aussi, parmis des centaines de débilités)...

Il faut effectivement un temps de chauffe aux amplis à tube pour fonctionner de façon optimale, exclusivement pour les amplis à tubes, et de l'ordre de 2 à 3 minutes.

Les amateurs de Hifi essayent de trouver des explications pseudo-techniques à chaque fois qu'ils constatent une variation dans leur perception auditive. Le fait est qu'il n'y a rien de plus subjectif que l'oreille et le cerveau humain : d'un jour à l'autre on n'écoute pas de la même façon, on ne perçoit pas de la même façon : l'humeur, la fatigue, la tension sanguine, la temperature corporelle, le taux d'humidité dans l'air, la quantité de sécrétions dans l'oreille, etc... varient ! 

Essayer de s'inventer une explication pour ce qui est inexpliqué (pas inexplicable), donc mysterieux : est naturel pour l'humain : il fait ça depuis 20000 ans : ça s'appelle la "religion".

https://www.homecinema-fr.com/...



 

samedi 25 septembre 2021

Pourquoi faut-il se méfier des amplis très détaillés ?

 

Pourquoi faut-il se méfier des amplis très détaillés ?

Dynamique, détails, compression... c'est pas clair pour tout le monde...
Le WE dernier j'ai eu une petite discussion avec un vendeur de Hifi, dans un magasin bien connu. Il m'a parlé d'un certain type d'ampli qu'il n'aime pas (et par chance pour lui : ne vend pas non plus) en m'expliquant que le son était "compressé, manquant de détails).... Ouhhhh là là.. je l'ai écouté : c'est toujours amusant à défaut d'être instructif.
La confusion entre dynamique et compression est très répandue : j'ai l'impression qu'une partie non négligeable des audiophiles fait cette confusion (sans oublier l'autre confusion entre la compression "de données" type mp3, et la compression "audio" : qui n'arrange pas les choses... mais ça c'est une autre histoire).
Que fait un compresseur-limiteur "audio" ? Il réduit la dynamique en abaissant le niveau des pics d'intensité musicale, et en faisant remonter les niveaux faibles : il en résulte un son dit "compressé" qui se caractérise par :
  • Moins de risque de dépasser la capacité de restitution des composants audio : moins de risque de distorsion par saturation (on a baissé les impulsions de grande amplitude).
  • Plus de détails : tous les micro-signaux sont remontés de plusieurs décibels : on entend mieux le moindre frottement / souffle / scintillement / etc ... : le son est beaucoup plus détaillé.
  • Moins de nuances : ce qui était très fort est devenu moyennement fort, ce qui était très faible est devenu moyennement faible.
  • C'est plus fatigant à l'écoute, en particulier du fait des sons aigus faibles qui ne sont pas destinés à être écoutés forts.
  • Le son est plus "pechu", "incisif", "impulsif", et plus fort (on fait rentrer plus de volume musical dans la dynamique disponible du support). Pour beaucoup : le son compressé est qualifié, à tort, de "plus dynamique".
D'ailleurs une forte compression est appliquée aux masters destinés à la radio, pour une bonne raison : quand on écoute de la musique en voiture il ne faut pas que les 80dB de bruit ambiant (noise floor de 80dB !!! ) couvrent les details.
Par analogie : on peut s'interroger sur un certain nombre d'amplis à la sonorité dite "flatteuse" ou encore "bluffante" : qui impressionnent par la quantité de détails incroyable qu'on se prend dans la gueule. Pour une partie non négligeable des audiophiles : ils seront qualifiés de très dynamiques, très détaillés. C'est le cas de certains amplis de conception récente en classe-D / FDA, et pas seulement des FDA à 200€ : certains FDA dits "high end" ont le même défaut... Pas tous, heureusement.
Fabriquer un bon ampli Hifi n'est pas simple, car il faut trouver l'équilibre délicat entre dynamique et détails : on doit entendre plein de détails, mais cela va demander de monter un peu le volume : car sur un "bon" ampli "détaillé" : ils sont tous là, mais à leur juste place dans le mix, c'est à dire le plus souvent : un peu derrière. Combiné avec une bonne gestion de la phase du coté des enceintes ( primordial la phase !!! et elle n'est pas gérée dans 90% des amplis du marché ) : c'est ce qui permet d'obtenir la "profondeur" stéréo.

Récapitulons :
  • Plus un signal est compressé : plus il est détaillé ;
  • Plus un signal est dynamique : moins on a l'impression "communément admise" de "dynamisme" !
Conclusion : relativiser la qualité d'un ampli présenté comme "hyper dynamique et détaillé", ce genre d'inepties :
""Cet ampli est tellement dynamique qu'il n'est pas nécessaire de monter le volume pour entendre le moindre détail!!""
C'est probablement tout simplement un mauvais ampli, qui compresse le signal.

Si les détails sont "omniprésents" à faible volume ça signifie que l'ampli : "compresse le signal".

Mais malgré cela : s'il faut envoyer plus de 1W RMS (avec des enceintes moyennement sensibles) pour obtenir une écoute détaillée : l'ampli est mal conçu.

une alchimie complexe! l'amplification Hifi ;)



mercredi 19 mai 2021

Advanced Audio Codec - à propos de la qualité du codec AAC

À propos de la qualité du codec AAC...

Le codec AAC et un codec qui permet une qualité transparente équivalente au CD ou au format FLAC, sous certaines conditions comme par exemple d'utiliser le bon encodeur et les bons paramètres.

Le conteneur standard de AAC est "M4A" : pour "MP4 audio".

Encoder sa médiathèque en AAC peut avoir plusieurs avantages : 

- Gain de stockage (taille divisée par 4) : vos 3000 albums tiennent sur une carte SD de 256GB

- Supporté universellement par tous les lecteurs modernes : décodage optimal, et gestion parfaite des méta-données (tags)

- Latence de transmission très faible : adapté aux vidéos

- Aucune coupure de flux y compris en Wifi (le FLAC est parfois trop volumique pour certains réseaux Wifi ou 4G)

- Gapless : enchaînement des morceaux sans coupure pour une lecture en continu (musique classique et rock progressif surtout)

Plusieurs standard existent en AAC : 

- le AAC "LC" ou "Low Complexity" (format haut de gamme de Apple iTune), 

- les formats plus modernes "HE" ou High Efficiency".

Le format LC est moins efficace en taux de compression que HE (fichiers plus gros) mais en théorie c'est celui qui introduit le moins de distorsion. La distorsion et ceci dit imperceptible si on utilise un bitrate moyen supérieur à 192 kbps en mode adaptatif "VBR" (VBR = bitrate variable, donc on considère la valeur moyenne). En pratique Apple utilise un bitrate de 256 kbps VBR : la qualité obtenue est donc parfaite pour l'écoute haute fidélité, car le codec est transparent dans ce mode : aucune jeune oreille, même la plus géniale, ne peux le distinguer un AAC 256 d'un FLAC encodé à partir du même fichier WAV (!!).

AAC HE est plus performant en compression, et se destine plutôt au streaming radio haute qualité. Le seuil de transparence est atteint à environ 128 kbps pour la version la plus avancée xHE, mais il est déjà très qualitatif à partir de 64 kbps!!! suffisant pour l'écoute en voiture par exemple. Ici on a un taux de distorsion plus élevé qu'en AAC LC, et possiblement quelques artefacts sonores dans l'aigu (artefacts qu'on peut arriver à discerner après plusieurs heures d'écoute attentives au casque de studio haut de gamme :) ).

Les critères de succès pour encoder en AAC LC sont :

- Partir d'un format WAV ou FLAC comme matière première (ou CD)

- Utiliser l'encodeur Apple ou l'encodeur Fraunhofer FDK (les autres encodeurs sont moins performants : NERO, etc...)

- Ne jamais utiliser le mode CBR 320kbps qui coupe parfois au dessus de 17KHz (avec certains encoders) : utiliser VBR 256kbps qui est "full bande" 22KHz, et vraiment irréprochable d'un point de vue fidélité (certains échantillons qui le nécessitent sont encodés à 512 kbps en VBR256).

- encoder en AAC 24 bits si le fichier FLAC de départ est 24 bits ... Ça ne sert pas à grand chose, mais ça ne mange pas de pain...

Il n'y a actuellement aucune raison de stocker du FLAC, sauf pour des motifs purement irrationnels (croyances idiophiles), ou pour se rassurer, si on est anxieux de nature et qu'on se dit qu'un jour prochain une mutation génétique de masse va multiplier par 100 l'acuité auditive des humains, leur permettant d'entendre y compris des sons qui n'existent pas, ou encore : qu'on suppose que de nouveaux instruments de musique inédits vont apparaître, produisant des fréquences au dessus de 12KHz... (ceci dit on s'en fout car AAC peut monter à 22KHz)

Pour les idiophiles qui écoutent encore du vinyle : se rappeler que même un pauvre MP3 128kbps (qui est bien moins qualitatif que du AAC bas de gamme) : est malgré tout déjà supérieur à leur source phono désuète.




samedi 7 novembre 2020

LOSSY versus LOSSLESS : test à l'aveugle

Traduction en français de l'article de Gabriel Chacón Ruiz, disponible sur cdvsmp3.wordpress.com


La taille du fichier d'une chanson iTunes ne représente qu'une fraction de son homologue CD car elle a été compressée en supprimant des données dans le processus. La qualité audio est-elle dégradée? Il y a plus d'un an, j'ai conçu un test pour voir si nous pouvons entendre des différences entre la version originale et la version compressée. Voici les conclusions après avoir analysé les données de plus de 500 candidats au test.

Cet article porte sur les résultats empiriques. Je les présenterai dans un instant, mais permettez-moi d'abord de reconstruire le contexte dans lequel elles ont été obtenues afin de les interpréter correctement.

Assurons-nous que nous comprenons tous les mots «avec perte» et «sans perte» dans le contexte de l'audio en premier lieu. Supposons qu'un CD est une copie fidèle de la musique enregistrée au studio. Si nous voulons transférer la musique qu'il contient sur un appareil portable comme notre téléphone ou notre lecteur mp3, nous «déchirons» le CD sur notre ordinateur à l'aide d'un logiciel comme iTunes, un exemple populaire. Par défaut, lorsque le contenu du CD est transféré vers votre bibliothèque musicale, iTunes compressera considérablement les fichiers audio à une fraction de sa taille d'origine pour économiser de l'espace de stockage, en supprimant une partie des données d'origine dans le processus. Nous appelons cela une méthode de compression avec perte de codification - ou codec avec perte pour faire court. Si vous souhaitez conserver toutes les données contenues dans le CD, vous pouvez choisir une sans perte codec. FLAC et Apple Lossless sont de bons exemples de ce dernier. Aucune donnée ne sera supprimée dans le processus, mais les fichiers musicaux prendront beaucoup plus d'espace.

Pourquoi un codec avec perte est-il l'option par défaut dans iTunes? Ne sacrifions-nous pas la fidélité pour la commodité? Eh bien, la vérité est que les codecs avec perte sont vraiment intelligents pour décider des données à supprimer. Ils sont basés sur la connaissance de la façon dont nos oreilles et notre cerveau perçoivent ce que nous entendons - la science de la psychoacoustique. Lors de l'utilisation d'un bon codec avec perte comme iTunes plus, les experts sont convaincus que nous ne remarquerons aucune dégradation de la musique. Mais qu'en est-il ?

Au moment où nous lisons «la compression avec perte supprime les données pour réduire la taille du fichier», nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que quelque chose de grave se produit. Cependant, la plupart de la musique à laquelle nous avons accès via la diffusion en continu et Internet est compressée à l'aide d'un codec avec perte - iTunes et d'autres services de musique compressent les fichiers à environ 1/6 de leur taille de CD d'origine. C'est une quantité assez importante de données jetées dans le processus. Ne devrions-nous pas être en mesure de détecter la perte? Il semble raisonnable de penser que nous devrions, étant donné le ratio.

Pour résoudre le problème de la compression par rapport à la qualité, j'ai mis en place un test en ligne comparant le CD audio à l'AAC 256k VBR, le codec avec perte de haute qualité utilisé par iTunes. Je voulais offrir aux gens la possibilité de décider eux-mêmes si des données rejetées signifiaient nécessairement une qualité sonore dégradée, et je pouvais également recueillir des informations précieuses qui pourraient révéler des faits intéressants. Une partie de la motivation de ce projet est venue de ce que je considérais comme une critique injustifiée (et pas toujours impartiale) sur la qualité supposée faible des codecs avec perte pour justifier le besoin de solutions comme High Resolution Audio (HRA) ou d'initiatives comme Pono. Beaucoup de leurs enthousiastes se vantent que les disques avec perte et sans perte se comparent à «nuit et jour», et certains vont même jusqu'à considérer le CD audio mal qualifié pour les oreilles audiophiles.

Le test a été disponible en ligne pendant près d'un an et j'ai pu collecter 580 soumissions de résultats auprès d'une population variée de candidats à qui je suis profondément reconnaissant. Ils ont commencé par répondre à une brève enquête sur leur âge, leur sexe, s'ils avaient une formation musicale ou non, la qualité de l'équipement audio qu'ils utiliseraient pour passer le test et leur emplacement. Ensuite, ils sont passés au test à l'aveugle. Ils ont dû choisir un clip musical et écouter une série de 16 essais composés de deux sections, A et B, l'une étant de qualité CD et l'autre, AAC 256k VBR. Dans chaque cas, ils devaient décider si A ou B était de qualité CD. Ils se sont vus offrir une issue au 8e essai s'ils étaient fatigués, mais la plupart des participants sont passés par les seize essais, fournissant des statistiques plus précises.Il existe une version hors ligne du test aveugle disponible sur ce site si vous êtes intéressé à le faire vous-même.

Rencontrez les candidats

C'était agréable de voir que des personnes de tous âges étaient engagées dans le défi, montrant que nous nous soucions de la meilleure expérience possible du plaisir d'écouter la musique que nous aimons.

Capture d'écran 2015-09-08 à 16.29.01

Notre capacité à percevoir les hautes fréquences diminue avec l'âge. J'ai pensé qu'il serait intéressant de voir si les jeunes obtenaient de meilleurs résultats lors du test à l'aveugle. Nous sommes sur le point de le découvrir.

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On dirait que le problème est principalement masculin.

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Une formation musicale quelconque pourrait-elle conduire à de meilleures performances?

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Si les différences de qualité audio des formats devaient être vraiment subtiles comme j'en étais convaincu, non seulement les oreilles de l'auditeur mais aussi l'équipement audio utilisé seraient un facteur clé dans les résultats.

Comme je l'ai dit, j'ai proposé un choix de styles de musique pour rendre le blind test plus engageant: rock, jazz, blues, bande-son, classique… J'étais heureux de voir que les six clips ont finalement été testés, même s'il était assez facile de prédire cela Le n ° 4 serait le plus populaire…

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Clips musicaux:   # 1   # 2   # 3    # 4   # 5   # 6
(Remarque: il s'agit d'échantillons mp3 de basse qualité à diffusion rapide)

L'un des bons résultats de ce projet a atteint tant de coins du monde. J'ai généré un nuage de mots avec la plupart des emplacements où le test a été effectué (cliquez pour zoomer).

Nuage 1 (5) .pngOK, alors, que dit cet échantillon large et varié de personnes sur notre capacité à distinguer CD et iTunes plus? Comme je l'ai dit plus tôt, les différences audibles entre les deux formats sont si subtiles que nous pouvons affirmer ce qui suit

HYPOTHÈSE NULLE: Les personnes qui ont passé le test n'ont pas fait mieux qu'elles ne le feraient si elles avaient choisi leurs réponses au hasard.

Les données obtenues fournissent-elles suffisamment de preuves pour rejeter cette hypothèse?

Nous procédons comme suit: nous rassemblons tous les scores et comparons leurs fréquences (le nombre de personnes qui ont obtenu ce score dans la catégorie correspondante) avec les fréquences auxquelles on s'attendrait si les gens choisissaient simplement leurs réponses au hasard. Ensuite, nous analysons les écarts par rapport aux résultats attendus à l'aide d'une preuve statistique très courante: le test du chi carré. Ce test nous indique la probabilité d'obtenir une telle distribution si l'hypothèse nulle est vraie (valeur p). Une valeur p inférieure à 0,05 est généralement requise pour rejeter l'hypothèse nulle. Dans notre cas, une valeur p suffisamment faible fournirait des preuves statistiques que les gens pourraient dire quel format ils écoutaient.

Dans les graphiques suivants, des barres vertes indiquent les fréquences obtenues et des barres brunes, les fréquences attendues, pour chaque valeur du score. Il existe deux tableaux dans chaque catégorie, un pour chaque version du test: complet (16 essais) et raccourci (8 essais). La valeur p du test du chi carré est indiquée dans chaque cas.

Capture d'écran 03/02/2016 à 23.32.35.png

Graphique n ° 1: valeur p du test du chi carré: 0,089 (> 0,05)

Capture d'écran 03/02/2016 à 23.35.48.png

Graphique n ° 2: Valeur p du test du chi carré: 0,078 (> 0,05)

Capture d'écran 03/02/2016 à 23.39.46.png

Graphique n ° 3: Valeur p du test du chi carré: 0,74 (>> 0,05)

Capture d'écran 03/02/2016 à 23.42.33.png

Graphique n ° 4: Valeur p du test du chi carré: 0,35 (>> 0,05)

Capture d'écran 03/02/2016 à 23.44.38.png

Graphique n ° 5: Valeur p du test du chi carré: 0,92 (>> 0,05) L'échantillon est petit. Le test du chi carré n'est pas très fiable

Capture d'écran 03/02/2016 à 23.47.51.png

Graphique n ° 6: Valeur p du test du chi carré: 0,040 (<0,05) L'échantillon est trop petit. Le test du chi carré n'est pas fiable.

Capture d'écran 03/02/2016 à 23.30.06.png

Graphique n ° 7: Valeur p du test du chi carré: 0,16 (> 0,05)

 

Capture d'écran 03/02/2016 à 23.56.42.png

Graphique n ° 8: Valeur p du test du chi carré: 0,077 (> 0,05)

Notez que, malgré les écarts, les deux distributions ont des formes de cloche similaires. De plus, toutes les valeurs p fiables sont en faveur de l'hypothèse nulle énoncée, certaines d'entre elles étant fortement concordantes. Ainsi, sur la base des données obtenues, la conclusion la plus raisonnable est que  nous n'entendons pas la différence entre le CD audio et iTunes plusEt cela est vrai dans tous les cas considérés: être jeune, avec notre sens de l'ouïe à son apogée, avoir une formation musicale ou utiliser un excellent équipement audio ne semble pas aider.

Il y a eu des exemples de scores élevés. Des scores de 12/16 ou plus (et dans une moindre mesure 7/8 ou plus) sont un bon début en faveur de votre capacité à discriminer (p <0,05). Mais pour prouver que vous le pouvez, vous devez obtenir des scores élevés à plusieurs reprises  par souci de cohérence. Un participant de Thunder Bay, au Canada, le seul à avoir passé le test trois fois, a obtenu des notes de 12/16, 9/16 et 7/8. La probabilité d'obtenir ce résultat ou mieux par hasard est aussi faible que 8 sur 1000, mais on peut s'attendre à des résultats comme celui-ci dans un échantillon de 580. Quelques autres participants qui ont également obtenu des scores élevés n'ont pas réussi à obtenir de bons résultats lors d'un deuxième essai. , ou tout simplement n'a pas passé le test plus d'une fois.

Enfin, les scores faibles méritent également d'être considérés comme un signe de discrimination, car ils sont aussi rares que les scores élevés. Quiconque obtient des scores égaux ou inférieurs à 4/16 ou 1/8 à plusieurs reprises prouverait qu'il ou elle peut discriminer, mais avec le résultat étrange de considérer le codec avec perte : d'une qualité supérieure à celle du CDDans tous les cas, aucun score faible cohérent n'a été observé dans l'échantillon.

Conclusion

Le codec AAC 256k VBR offre une excellente qualité de compression qui suffira à la plupart d'entre nous. Si vous pensez être un oiseau rare avec des oreilles dorées, testez-vous à l'aveugle pour savoir si vous l'êtes vraiment avant de vous soucier de la qualité des codecs de compression avec perte. Il y a de fortes chances que vous soyez déçu.

Questions et commentaires bienvenus!